• Victoria Debargue

Retail & seconde main : un marché qui fait BOOM

Mis à jour : mai 1

Quand on vous parlait de seconde main, il y a encore quelques années, vous pensiez aux brocantes du dimanche près de chez Mamie, où vous aviez 1 chance sur 100 de dégotter un haut vintage et quelques objets pour votre intérieur. Pas très trendy, encore moins instagrammable. Aujourd’hui, la tendance s’est inversée : le concept de récupération, qui vise à donner une seconde vie aux objets et vêtements d’occasion est en pleine expansion ! Le marché de l’occasion serait 24 fois supérieur au retail classique.

Décryptage des raisons d’un tel boom par la règle des 3E : ÉCOLOGIE, ECONOMIE... et E-INFLUENCE.

PRISE DE CONSCIENCE ÉCOLOGIQUE

La guerre est déclarée. Les ennemis ? Les enseignes de fast-fashion. Le made-in-china. La surconsommation textile, qui nuit à la préservation de l’environnement.


Nous voulons agir, mais nous n’avons ni forcément les moyens de consommer 100% made-in-France, ni l’envie d’être complètement démodé en portant nos vêtements jusqu’à l’usure. L’économie circulaire devient donc la solution pour être « stylé-et-un-peu-plus-écolo-friendly ».

FAIRE DES ÉCONOMIES

Qui dit économie circulaire et vêtements d’occasion, dit forcément économies. Les petites bourses l’ont bien compris, tout comme les nouveaux acteurs de ce marché : Vinted, United Wardrobe, Vide Dressing, Vestiaire Collective... les applis se multiplient, les petits prix aussi.


La règle est simple : les acheteurs trouvent leurs bonheurs à prix réduits et les vendeurs ont un rôle de « magasin-eshop-facteur-photographe-negociateur » 3.0.

Ils prennent en photo leurs articles déjà portés, fixent les prix, doivent souvent négocier, emballent les articles et expédient les colis. Et si dans le futur, les futurs retailers seraient tout simplement ... les particuliers, les acheteurs compulsifs, ou au final Monsieur et Madame Tout-le-monde ?

UN MARCHÉ PORTÉ PAR L'E-INFLUENCE !

Si le marché de la seconde main est en plein boom, c'est aussi car cette tendance est fortement portée sur les réseaux sociaux par les influenceurs. Ils n'hésitent plus à vendre vêtements et accessoires à leur communauté, en faisant souvent au passage la promotion de ces nouveaux Market-place de l'occasion.

Pour les communautés d'abonnés, l'opportunité est double : faire du shopping sans se ruiner depuis chez soi, avec le privilège de pouvoir donner une seconde vie aux vêtements de sa blogueuse préférée. Certains nouveaux entrants sur le marché de la seconde main ne misent plus qu'exclusivement sur la vente d'occasion de vêtements d'Influenceurs. C'est le cas de Maison Seconde, véritable business montant de l'e-influence : les pièces portées par les Influenceurs sont synonymes d'exclusivité et suscitent l'envie des fans, prêts à sortir le porte monnaie pour se proccurer ces pièces uniques et recréer des looks à prix cassés.


En 2018-2019, c'est le site de vente en ligne de vêtements d'occasion United Wardrobe qui étend ses partenariats avec des Influenceurs : Léna Situations, Sananas, Adriane, Hellcat, Nathan Graff, EmmaCakeCup ... Entre vidéos et posts sponsorisés, collaborations rémunérées, budget shopping offerts, ou encore concours pour gagner des crédits sur l'application, la stratégie de marketing d'influence d'United Wardrobe est un cas d'école massif et bien orchestré.





Et le succès est au rendez-vous auprès des 16-24 ans. D'après Fashion Network, "United Wardrobe cumulerait sur ses différents marchés près de 3 millions d’utilisateurs, dont 70 % de femmes, pour une moyenne de 90 000 transactions mensuelles, et un panier moyen de 26 euros."


Dans les grandes villes, l'e-influence et le marché de la seconde main dépasse même souvent les frontières du digital, pour venir s'implanter le temps d'une journée autour d'un vide dressing physique de blogueuses. Les vides dressings de blogueuse, c'est MON domaine : j'en ai fait des dizaines, j'y ai traîné ma mère, mes copines, parfois mon chéri... J'ai fait la queue des heures sur le trottoir, pour rencontrer des Influenceuses et dévaliser leur dressing. J'ai (souvent) discuté avec certaines, pris (parfois) des photos avec d'autres, mais j'ai surtout (toujours) fait des bonnes affaires. Le plus souvent dans un café, un lieu loué pour l'occasion, ou via des organismes comme VioletteSauvage, de nombreuses blogueuses comme YouMakeFashion, Leeloo, MeganVlt, ElodieInParis ou Noholita organisent seules ou à plusieurs des ventes de vêtements et attirent les foules à Paris. En bref, un véritable business lucratif pour certaines, qui en profitent pour revendre en plus de leurs vêtements certains produits reçus gratuitement de la part des marques, et action solidaire pour d'autres, qui n'hésitent pas à reverser une partie de leur gain à des associations.


AU FINAL, UNE ÉCONOMIE OMNICANAL & PHYGITALE

Le marché de la seconde main est un véritable exemple de concept phygital triomphant. Cet univers retail parallèle a ses propres codes et démultiplie les possibilités en terme de points de vente, pour une expérience 100% omnicanal.


Tout d'abord, l’univers concurrentiel des sites internet et applications digitales de seconde main est en effervescence, comme vu précédemment.


Les boutiques physiques permanentes, quant à elles, fleurissent sous le nom de "friperies" ou "dépôts-ventes"... mais pas seulement ! Des boutiques permanentes dédiées aux vêtements d’occasion, majoritairement portés par des Influenceurs, voient le jour en région parisienne, comme la Frange à l'Envers, dans le 11ème arrondissement.


Dernièrement, ce concept de boutique s’est même étendu là où je ne pensais jamais voir mélangé neuf & occasion... Je parle bien des grands magasins ! Les Galeries Lafayette Haussman comptent bien se mettre à l'économie circulaire, en accueillant un espace dédié à La Frange à l'Envers, où les vêtements d'occasion multi-marques sont vendus à quelques mètres des pièces neuves Maje et Sandro.


Mélanger neuf et occasion, serait-ce un exemple à suivre à l'avenir par les retailers, pour s'approprier les nouveaux codes de la mode et des 3E (économie, écologie, e-influence) ?


© 2019 - Victoria Debargue

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